Texte de Thomas Perrin , 2019 

à l'occasion de l'exposition  " Plateforme 2 "

« À l’heure où les abeilles meurent, où la biodiversité se réduit d’heure en heure, où les lobbys de certains grands groupes agro-alimentaires imposent leurs règles au détriment de l’ensemble de la faune et de la flore, le travail de Mélissa Didier peut nous sembler être une tentative poétique bien dérisoire d’aborder ces problématiques. L’œuvre de Mélissa ne saurait pourtant exister sans l’intervention de ces milliers de collaborateurs inconscients, bactéries, champignons, et insectes qui transforment l’intention de départ de l’artiste en une multitudes de résultats, souvent hasardeux, toujours surprenants. Des lumières dansantes de diapositives vivantes, aux arrangements sculpturaux complexes de « ce qui reste après» (os, carapaces, peaux…), les objets produits qui en résultent sont émouvants dans leur fragilité et leur éphémérité, toujours double. Alors que l’œuvre se dégrade ou se transforme au gré de processus biologiques complexes, le vivant s’anime. Les larves grignotent un carnet, les abeilles établissent une ruche, les aubergines se liquéfient dans leurs coques de cire. Ça nait, ça vit, ça meurt. Et pendant ce temps, sans le savoir, tout ce microcosme nous offre, de concert avec l’artiste, des arrangements variés de formes, d’objets, d’odeurs, qui nous rappellent avec vertige l’immense multitude de ce qui existe autour de nous, et surtout sans nous.

Mélissa offre un refuge aux espèces les plus détestées, en même temps qu’une autre vision des « bestioles » qui nous répugnent habituellement, et dont on aurait bien tort de vouloir se débarrasser. « Grandis un peu ! », nous disent d’une même voix Mélissa et les moisissures qui évoluent dans l’œuvre qu’elle propose pour l’exposition « Plateforme 2 ». Il serait effectivement temps de grandir, si nous ne voulons pas rejoindre toutes ces espèces dont nous n’aurons peut-être bientôt plus, comme preuve de leur existence, que quelques photos-souvenirs. »

 

 

 

L’art trans chamanique

par Philippe Godin, dans le blog La Diagonale de l’Art du journal Libération

 à l’occasion de l'exposition collective " L'artiste est-il un chaman ?"

"... LABORATOIRE DE RECHERCHES ESTHÉTIQUES

Beuys accordait le plus grand sérieux à l’espace du musée qu’il envisageait comme un véritable champ d’expérimentations multi-sensorielles pour le spectateur, conférant à la salle d’exposition la capacité d’être un véritable espace de rituels, avec ses cérémonies, ses symboles, et ses messes diront les détracteurs.

La dimension de recherche est particulièrement présente dans l’exposition avec l’œuvre de Mélissa Didier et son installation qui s’inscrit également dans ce projet de faire du musée un véritable laboratoire.

Laboratoire de recherche ou de cabinet de curiosités, l’antre de la sorcière évoque les explorations de Jean-Luc Vilmouth et ses préoccupations de notre monde actuel face aux questions relatives à l’environnement.

L’installation est constituée de longues étagères accueillant des bocaux d’une pharmacie hypothétique. Chaque étage contient différents objets (plumes d’oiseaux, ailes de papillons, photos, peignes, grigris utilisés par les chamanes, perles, colliers, bâton de pluie, etc.) témoignant de cultures exotiques, et habitants lointains; mais aussi des matières et des éléments naturels extraits de terre. Équivoques, les étagères suggèrent aussi bien une collection que les images de la bibliothèque, de la pharmacopée, de la collecte anthropologique..."

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Texte de Laurent Devèze, 2016

À l’occasion de l’exposition "L'artiste est-il un chaman ?", L’aspirateur - Lieu d’art contemporain, Narbonne

L'antre de la sorcière entretien avec le cabinet de curiosités plus d'un point commun. Tous deux sont des lieux de savoir et d'expérimentations, tous deux entretiennent avec le secret une relation essentielle : on ne découvre ces « Intérieurs » qu'après avoir comme mérité leur accès. 

Aussi est-ce comme par privilège qu'on découvre l'installation de Mélissa Didier qui nous dévoile ses créations dans une curieuse pièce dédiée.

Créations qui, chacune autonome, n' en constituent pas moins un élément essentiel à l'élaboration de ce curieux puzzle qui se déploie spécialement devant nous.

En somme, chaque oeuvre serait comme les éléments d'une énigme qui nous appartiendrait de déchiffrer.

Dans un accrochage, partie intégrante du travail, qui tient plus de l'incantation que de la sage ordonnance rationnelle. Mélissa Didier retrouve elle aussi des postures magique.

Que lire de cet assemblage qui ne doit rien au hasard, sinon une connaissance mystérieuse, une capacité singulière à relier le disparate et l'incongru ? Disons le tout net une pensée autre qui défie la rationalité quotidienne et la logique de notre ordinaire pour nous inviter à entrer dans un monde à part.

Ainsi, c'est une autre qualité qu'il nous faut souligner ici, dans cette capacité à bousculer nos habitudes de penser et de représentation, celle qui faisait des sorcières des esprits libres et prêts à affronter, parfois à mort, l'obscurantisme de toutes les inquisitions.

Cette jeune artiste n'accommode pas le sang du crapaud mais l'odeur de son chaudron créatif sait faire taire les coassement uniforme des trop nombreuse grenouilles enchainées à leur mare.